2021.2022 | Nos origines : les Gaulois et les autres

Mercredis de l'Antiquité - 2021.2022

Nos origines : les Gaulois et les autres

Depuis les années 1990 et la fin du grand récit national qu'avait forgé l’École républicaine et la science historique, le débat sur l'identité française s'est rouvert, pour le meilleur et pour le pire. Le pouvoir politique, quand il s'est emparé de cette question, n'a pas su, comme dans les années 1880, s'appuyer sur les acquis de la recherche historique et archéologique pour construire une version à la fois socialement acceptable et scientifiquement fondée des origines françaises. La passion l'a trop souvent emporté sur la raison.

Pourtant, les décennies qui viennent de s'écouler ont vu se développer un mouvement intense de fouilles archéologiques et de relecture des sources écrites traitant des différentes strates qui, de l'âge du Fer à la fin du monde romain, ont pesé sur la vie des habitants de l'actuel territoire français.

Il en est ressorti une image complexe de ce millénaire d'histoire de la France avant qu'elle ne devienne la France. Notre vision des Gaulois en a été radicalement changée, de même que notre compréhension de la conquête romaine et des contacts qui l'ont précédée. Les populations celtes du territoire français avaient auparavant eu d'étroits échanges avec les Grecs et les Étrusques. Les déplacements de population eurasiatiques, qui commencent au IIIe siècle de notre ère et le passage du polythéisme au monothéisme ont contribué au destin hexagonal.

Christophe Chandezon, professeur d'histoire ancienne, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

Rosa Plana, professeure d'archéologie, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

 

► Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles, Auditorium du musée Fabre

 

Cycle de conférences tout public proposé par le Musée des Moulages (Université Paul-Valéry / Montpellier 3), le site archéologique Lattara – Musée Henri-Prades, le Musée Fabre, en partenariat avec le LabEx Archimede et les unités de recherche ASM (UMR-5140) et CRISES (EA-4424) de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3.

 

Comité d'organisation

Rosa Plana, professeure d’archéologie grecque, directrice du Musée des Moulages, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

Diane Dusseaux, conservatrice du patrimoine, directrice du Site archéologique Lattara – musée Henri Prades

Christophe Chandezon, professeur d’histoire ancienne, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

 

Comité scientifique

Christophe Chandezon, professeur d’histoire ancienne, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

Diane Dusseaux, conservatrice du patrimoine, directrice du Site archéologique Lattara – musée Henri Prades

Hélène Ménard, maître de conférences en Histoire romaine, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

Rosa Plana, professeure d’archéologie grecque, directrice du Musée des Moulages, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

Elsa Rocca, maître de conférences en archéologie romaine, Université Paul-Valéry/Montpellier 3

 

#1 : Le Musée de la Romanité, reflet de l'empreinte de l'Antiquité sur une cité de Gaule narbonnaise

monnaie romaine frappée à Nîmes, revers, fin du Ier s. av. J.-C.
Mercredi 20 octobre 2021  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Dominique DARDE, conservatrice du Musée de la Romanité, Nîmes

Le Musée de la Romanité, inauguré le 2 juin 2018, propose une découverte de l'histoire de l'homme sur le territoire de Nîmes et de sa région, depuis le début de l'âge du Fer jusqu'à la fin du Moyen-Age. Quelle place l'Antiquité occupe-t-elle dans le discours et dans la présentation muséographique de ce nouvel établissement créé pour conserver, diffuser et mettre en valeur les collections archéologiques nîmoises ? Si l'empreinte laissée dans la cité de Nemausus par les siècles de l'Empire romain est tellement puissante qu'elle a forgé l'identité de la ville contemporaine, des références à d'autres cultures du monde méditerranéen (grecque, étrusque...) n'en sont pas moins perceptibles, à des degrés divers.

#2 : Les Phocéens chez les Gaulois : circulation des produits et des personnes

Tombe de Lavau, D. Gliksman – INRAP.
Mercredi 24 novembre 2021  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Dominique GARCIA, professeur d'archéologie (Aix-Marseille université / Centre Camille Jullian) et président de l'Inrap

Si les Grecs de Phocée sont à l’origine de la fondation de villes portuaires comme Marseille et Empúries, et s’ils ont entretenu des relations étroites avec les populations du Midi méditerranéen, leur influence s’étend bien au-delà des zones littorales. Par les vallées du Rhône et de la Saône vers les bassins de la Seine et du Danube, et par celles de l’Hérault ou de l’Aude vers le Massif Central et la côte atlantique, ils sont entrés en contact avec les populations gauloises à la recherche de biens nécessaires à leur économie : métaux, céréales, esclaves... En échange, ils ont diffusé des produits manufacturés (vases en bronze et poterie de luxe, bijoux, vin...) mais aussi des savoir-faire, notamment dans le domaine architectural.
Cette conférence présentera les découvertes récemment effectuées lors de fouilles de sites prestigieux (tombe princière de Lavau en Champagne ou complexe celtique de Vix en Bourgogne) mais aussi dans l’exploration archéologique d’habitats situés le long des voies de communication qui reliaient la Méditerranée aux territoires des Gaulois.

Conférence en partenariat avec le Site archéologique Lattara – musée Henri Prades.

#3 : Des Celtes à toutes les sauces...

Pierre de Turoe, Ier siècle av. J.-C. / Ier siècle ap. J.-C. (?).
Mercredi 19 janvier 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Vincent GUICHARD, directeur général de Bibracte

Voici quelques décennies que la musique traditionnelle irlandaise a été rebaptisée «musique celtique» pour des motifs identitaires... et aussi commerciaux. En fait, depuis leurs premières mentions par les auteurs grecs voici 2500 ans, les Celtes ont été accommodés à un très grand nombre de sauces. L’exposé a pour objectif d’essayer d’y voir plus clair entre les Celtes des auteurs anciens et des historiens, ceux des linguistes et des archéologues, et ceux encore qui ont été mobilisés en soutien des revendications identitaires les plus variées depuis le début de l’époque moderne, et qui trouvent une audience inédite aujourd’hui dans le contexte de la mondialisation.

Conférence en partenariat avec le Site archéologique Lattara – musée Henri Prades.

#4 : De l'Égée à la Gaule. Naissance d'une monnaie en or

Statère aux types de Philippe II de Macédoine (IVe siècle av. J.-C.) et statère au nom de Vercingétorix, Ier siècle av. J.-C, cliché Sylvia Nieto-Pelletier.
Mercredi 02 février 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Sylvia NIETO-PELLETIER, directrice de recherche au CNRS, directrice-adjointe IRAMAT

Lorsque les Celtes adoptent la monnaie au IIIe siècle av. J.-C. en imitant principalement des statères aux types de Philippe II de Macédoine, le monde celtique couvre un vaste espace. Témoin des liens entre les mondes grec et celte, l’apparition de la monnaie d’or en Gaule fut souvent perçue à travers le prisme du mercenariat, longtemps considéré comme le seul vecteur de son introduction.
Ce phénomène est pourtant bien plus complexe : paradoxe dans l’histoire des relations gréco-celtiques, ce nouvel outil monétaire illustre avant tout des dynamiques socio-économiques propres aux territoires gaulois.

#5 : Romains et Gaulois dans le Midi

Portrait d’Agrippa mis au jour à Béziers, actuellement au Musée Saint-Raymond de Toulouse.
Mercredi 16 mars 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Michel CHRISTOL, professeur émérite à l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne)

L’emprise dominatrice de Rome tarda à se manifester de la manière la plus directe dans le Midi de la Gaule. Mais quand elle s’exprima, elle marqua profondément la vie des communautés, autant par sa brutalité que par son habileté à mettre en place des processus d’intégration ou d’assimilation : ce fut l’histoire des relations entre Romains et Gaulois dans le premier siècle de l’histoire provinciale jusqu’à l’époque augustéenne.
L’épanouissement vint alors, dans un empire qui, en Occident, s’était élargi. Il se prolongea sur un peu plus d’un siècle. Aussi Pline le Naturaliste pouvait-il, dans la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, mettre en évidence la réussite humaine et économique qui caractérisait alors la province de Narbonnaise. Il la montrait en exemple, en suggérant qu’elle offrait d’elle-même une image de l’Italie.

#6 : Retrouver les Étrusques en Corse : historiographie et archéologie d'un territoire insulaire face à l'identité culturelle

Aléria (Haute-Corse), vue des tombes à chambre de la nécropole de Casabianda, plan-photo drone, P. Valéry – crédits MC/Drac Corse 2017.
Mercredi 06 avril 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Federica SACCHETTI, DRAC Paca – service régional de l'archéologie

Aléria, site côtier de la plaine orientale corse, ville symbolique de l’histoire contemporaine de l’île et de sa quête d’identité culturelle, a été habitée depuis le Néolithique. Mentionné par Hérodote en tant que colonie phocéenne, le site est occupé de manière stable par les Étrusques dès 540 av. J.-C. Il constitue l’unique site d’occupation étrusque stable en dehors de la péninsule italique.
Interrompues depuis 40 ans, les recherches sur la phase préromaine d’Aléria, notamment sur sa nécropole monumentale, ont été récemment reprises. La question de l’identité culturelle de la population d’Aléria, et plus en général de la plaine orientale corse à l’âge du Fer, est une question parfois confuse dans la littérature scientifique. Longuement biaisée par l’influence exercée par l’historiographie antique sur l’analyse archéologique, elle a été également influencée par la riche tradition d’études sur les Phocéens. Cette question sera analysée dans la présentation des récentes recherches.

#7 : Les Royaumes post-romains en Gaule aux Ve et VIe siècle. Romains et barbares aux origines de la France

Grand bâtiment de l’hôpital Larray à Toulouse, R. De Filippo, Inrap.
Mercredi 18 mai 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Christine DELAPLACE, professeure d’histoire romaine à l’Université de Caen Normandie, UMR 6273 CNRS

Le Baptême de Clovis n’est pas la seule date à retenir de la fin de l’Antiquité et des débuts du Moyen Âge pour comprendre les origines de la France. Tout autant que le peuple franc, d’autres groupes d’origine barbare, les Wisigoths, les Burgondes, les Ostrogoths et bien d’autres assimilés dans ces grandes confédérations de soldats fédérés de l’armée romaine ont joué un rôle fondamental pour faire naître, à partir du Ve siècle, ce que l’on appelle désormais les Royaumes post-romains. Comment les élites romaines ont-elles affronté les transformations radicales du monde romain tardif ? Comment les noblesses barbares ont-elles contribué à mettre en place un nouvel ordre social et politique en Gaule, dans la continuité des institutions provinciales romaines et grâce à l’acculturation rapide des populations ? Ce sont ces nouvelles interprétations de l’histoire de la fin de l’Antiquité qui seront débattues durant cette conférence.

#8 : Les Gaulois dans la peinture française, de la Renaissance au XIXe siècle

Auguste-Barthélémy Glaize (1807-1893), Les Femmes gauloises, 1851, Paris, musée d’Orsay.
Mercredi 01 juin 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Pierre STEPANOFF, conservateur du patrimoine, responsable des peintures et sculptures de la Renaissance à 1850 et du service documentation, Musée Fabre

Si en France, les Gaulois ont été sollicités à de multiples reprises dans la construction d’un récit historique et d’une identité nationale, leur courage et leur valeur n’ont pas laissé les artistes indifférents. À partir de la Renaissance, l’histoire romaine inspire de plus en plus les artistes dans le choix de leurs sujets, si bien que les Gaulois font également leur entrée en peinture. Au XIXe siècle, avec le développement de l’idée de nation, les Gaulois deviennent un héros collectif propre à susciter l’orgueil national. On étudiera les transformations de ces représentations, entre érudition savante, exemple vertueux et enjeux politiques.

Conférence en partenariat avec le Musée Fabre.

#9 : La nécropole antique des berges de la Robine à Narbonne

Enclos avec petit monument funéraire, cliché Virginie Archimbeau, Inrap ; Sépulture à crémation, cliché Clémence Guillot de Suduiraut, Inrap.
Mercredi 15 juin 2022  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Valérie BEL, archéologue, Inrap

Explorée tout récemment dans le cadre d’une fouille préventive, cette nécropole enfouie sous 3 m de limons de débordement de l’Aude, nous est parvenue dans un remarquable état de conservation. Les vestiges de voies, d’enclos, de petits monuments ainsi que les 1650 structures funéraires qui ont été mis au jour nous permettent de restituer l’organisation et l’évolution complexes d’un véritable quartier funéraire établi à un carrefour de voies menant aux zones portuaires. L’ensemble livre une riche documentation qui nous renseigne sur les activités rituelles (repas, libations...) et les pratiques funéraires en usage dans la colonie romaine de Narbo Martius du Ier au IIIe siècle.

Dernière mise à jour : 23/10/2021