L’écriture littéraire pour marionnettes en Europe de l’Ouest (17e - 21e siècles)

© Christophe Loiseau et Matt Jackson pour PuppetPlays.

PuppetPlays is a project funded by the European Union’s Horizon 2020 Research and Innovation Programme under Grant Agreement 835193.

 

ENGLISH VERSION

 

L’écriture littéraire pour marionnettes en Europe de l’Ouest (17e - 21e siècles)

1er Colloque international PuppetPlays Université Paul Valéry Montpellier 3, Montpellier, 14-16 octobre 2021.

 

 

 

Informations pratiques :

 

En présentiel à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3, Site Saint-Charles.
Le colloque sera diffusé en direct sur ZOOM et traduit simultanément du français vers l'anglais. L'inscription aux webinaires sera ouverte prochainement.

 


Présentation du colloque

De Johann Wolfgang von Goethe à Ramón del Valle-Inclán, de Charlotte Charke à Liliana Ugolini, d’Alain-René Lesage à Ernst Toller, d’Alfred Jarry à Italo Calvino, de Gerhart Hauptmann à Howard Barker, de Lewis Carroll à Marion Aubert, de Salvador Espriu à Tankred Dorst, de Federico García Lorca à Thomas Bernhard, d’António José da Silva à Liliane Atlan, de Paul Claudel à Nelly Sachs...

 

Des centaines d’écrivains et écrivaines en Europe, parfois de premier plan, parfois moins connus, ont écrit ou écrivent pour la marionnette. Certains, tels Ben Jonson, Henry Fielding, Restif de la Bretonne, Massimo Bontempelli, Arthur Schnitzler, Luigi Pirandello, Heiner Müller, ont inséré des scènes pour marionnettes dans leurs pièces pour acteurs et actrices. Et depuis un demi-siècle, suivant les exemples de Dario Fo, d’Armand Gatti, de François Billetdoux, bien des auteurs et autrices de théâtre prévoient de faire se côtoyer, dans leurs œuvres, interprètes vivants et figures animées.

 

Mais que signifie, concrètement, « écrire pour la marionnette » ? Quelles images concrètes de cet instrument théâtral sont-elles ainsi convoquées, et à quelles fins ? Quels processus de travail sont-ils ici engagés ? Quelles contraintes spécifiques – ou, au contraire, quelles libertés inédites – se découvrent-elles à cette occasion ?

 

L’écriture théâtrale pour les marionnettes peut trouver son origine, aujourd’hui, dans la commande passée par un marionnettiste, une compagnie, une institution. Ainsi naissent des rencontres, parfois des compagnonnages, entre des artistes qui s’ignoraient jusque-là, qui se découvrent, et qui apprennent à travailler ensemble : parfois dans le maintien de leurs territoires respectifs, parfois dans un dialogue étroit pendant toute la durée du processus de création.

 

Mais quand des poètes, des romanciers, des auteurs dramatiques prennent l’initiative d’écrire des « pièces pour marionnettes », quel est le projet qui motive leur écriture ? Est-il destiné, par exemple, à une technique d’animation spécifique (marionnettes à gaine, marionnettes à fils, ombres, objets...) ? S’accompagne-t-il, comme ce fut le cas pour Louis-Edmond Duranty, Rafael Alberti ou Guido Ceronetti, du désir de s’engager soi-même dans la réalisation scénique de ses œuvres ? Ou bien n’est-ce, comme ce fut apparemment le cas pour Maurice Maeterlinck, qu’un moyen de marquer ses distances à l’égard du théâtre d’acteurs de son temps ?

 

Il existe donc plusieurs régimes de l’écriture pour marionnettes, et l’une des toutes premières tâches de la recherche, dans ce domaine, doit être de les identifier, sans doute aussi de les questionner. Le choix de la marionnette, chez un écrivain ou une écrivaine, n’est jamais neutre, car il risque de l’éloigner des chemins balisés de la consécration littéraire et du succès, au point que ces œuvres restent souvent confidentielles, voire inédites. Pourquoi, dans ces conditions, écrire pour la marionnette ? Quel est le statut conféré à l’auteur ou à l’autrice dans cette branche des arts du spectacle où il/elle n’a pas de place habituellement réservée ?

 

Ce choix peut provenir, par exemple, d’une fascination pour les traditions, les personnages, la gestuelle, le langage de la marionnette. Il peut être contraint par le système théâtral d’une époque : les interdictions, les monopoles, les censures auxquels a été soumis, aux 17e et 18e siècles, le théâtre d’acteurs. Il peut également être motivé par le désir de s’adresser au public considéré comme le plus spontanément réceptif à ce spectacle, c’est-à-dire les enfants. Ou bien il peut naître du désir d’expérimenter une dramaturgie plus libre, dégagée des règles trop strictes de la vraisemblance, plus ouverte à la poésie ou à l’expérimentation.

 

Quelles que soient les raisons et les contextes qui poussent les écrivains et écrivaines à convoquer marionnettes, ombres ou objets animés sur la scène de leur théâtre mental, il faut examiner quelles conséquences en résultent pour l’écriture dramatique. Quelles sont les infléchissements qui s’opèrent dans les modes de caractérisation des personnages, la configuration dramatique, l’organisation de l’action dramatique, le registre expressif, le rapport à la parole, voire dans l’imaginaire tout entier ? Choisir la marionnette, c’est aussi s’engager dans un certain mode de représentation de l’humain, et parfois ouvrir la scène aux non-humains. C’est engager un autre niveau de convention à l’intérieur des conventions théâtrales, un autre rapport au réel et à l’illusion. C’est enfin favoriser un enracinement dans la matière inorganique, produire une tension entre le vivant et le mort, entre l’animé et l’inanimé.

 

Comme les instruments de musique, les instruments théâtraux que sont les marionnettes ont leurs propres contraintes et leurs propres pouvoirs expressifs. C’est à l’exploration des écritures singulières nées de la rencontre avec ces instruments que le programme de recherche ERC PuppetPlays souhaite vous inviter, en se concentrant pour son premier colloque international sur la contribution des écrivains et écrivaines, poètes et poétesses, romanciers et romancières ou auteurs et autrices dramatiques, à l’élaboration d’une dramaturgie spécifique pour les marionnettes.

 

Questions

Une attention particulière sera apportée aux questions suivantes :

 

-        Dans quelle mesure les auteurs et autrices qui écrivent pour la marionnette produisent-ils /elles des œuvres différentes de celles destinées au théâtre d’acteurs ? Ces œuvres sont-elles soumises aux mêmes conditions de production et de représentation ? S’adressent-elles au même public ? Traitent-elles des mêmes sujets ? Le font-elles sur les mêmes registres, ou bien sur des registres propres au théâtre de marionnettes ?

 

-        L’écriture théâtrale pour marionnettes s’inscrit-elle dans la même périodisation littéraire que le théâtre d’acteurs ? Peut-on reconnaître, dans ses évolutions, les marques d’une poétique baroque, classique, romantique, symboliste, moderniste, post-dramatique, documentaire, etc. ?

 

-        Quels sont, pour les auteurs et autrices, les modèles de l’écriture pour marionnettes ? Reprennent-ils / elles les formes traditionnelles de la marionnette ? Du théâtre d’acteurs ? D’autres formes du spectacle vivant (pantomime, cirque, ballet...) ?

 

-        à la fin du 19e siècle, dans le domaine francophone notamment, l’écriture théâtrale pour marionnettes était souvent portée par les poètes et poétesses plutôt que par les auteurs et autrices dramatiques. Cette tendance se vérifie-t-elle à l’échelle européenne ? Est-elle encore perceptible aujourd’hui ? Quelles peuvent en être les implications ?

 

-        Dans le cas d’une commande d’écriture, comment l’auteur ou l’autrice aborde-t-il / elle la marionnette ? Comment se défait-il / elle de ses préjugés, comment entre-t-il / elle dans le projet artistique de l’artiste marionnettiste ? La rencontre avec des marionnettistes et leurs instruments a-t-elle des incidences – et lesquelles ? – sur son processus d’écriture ? Ces incidences se limitent-elles à cette expérience, ou bien produisent-elles des changements plus durables ?

 

-        L’écriture théâtrale pour marionnettes engage-t-elle une représentation spécifique de l’humain et de sa place dans le monde ?

 

Toutes ces questions, bien évidemment, se déclinent en fonction des œuvres singulières et de leur contexte de production. Nous joignons à cet appel, à titre indicatif, la liste des pièces d’écrivains pour marionnettes (ou pour acteurs et marionnettes) que nous avons pu identifier jusqu’à présent.

Afin d’éviter la simple juxtaposition d’études de cas, la préférence sera donnée aux approches comparatistes mettant en lumière l’inscription des œuvres dans le système théâtral de leur temps.

 

Un second colloque, en 2023, sera consacré aux pièces écrites par les marionnettistes.

 

Les langues de travail du colloque sont le français et l’anglais.

 

Conformément aux principes de la science ouverte, les actes du colloque seront publiés sur une plateforme gratuite et accessible à tous.

 

Comité scientifique :

 

Adolfo Ayuso Roy (écrivain, université de Saragosse), Jean Boutan (post-doctorant PuppetPlays, université Paul Valéry – Montpellier 3), Matthew Cohen (professeur, université du Connecticut), Pénélope Dechaufour (maîtresse de conférences, université Paul Valéry – Montpellier 3), Francesca Di Fazio (doctorante PuppetPlays, université Paul Valéry – Montpellier 3), Cristina Grazioli (professeure, université de Padoue), Carole Guidicelli (ingénieure de recherches PuppetPlays, université Paul Valéry – Montpellier 3), Sandrine Le Pors (maîtresse de conférences HDR, université d’Artois), Marc Martinez (professeur, Université de Rouen), Didier Plassard (chercheur principal PuppetPlays, université Paul Valéry – Montpellier 3), Rute Ribeiro (metteuse en scène et marionnettiste, Lisbonne), Julie Sermon (professeure, université Lyon 2), Gerd Taube (professeur, Goethe Universität, Francfort), Bérangère Vantusso (marionnettiste, metteuse en scène, directrice du Studio-Théâtre, Vitry-sur-Seine)

 

Comité d’organisation :

Jean Boutan, Francesca Di Fazio, Carole Guidicelli, Didier Plassard, Paul Robert

 

Présentation de PuppetPlays

 

PuppetPlays (2019-2024) est un projet de recherche européen financé par l’Union Européenne via le programme de recherche Horizon 2020 de l’ERC ((G.A. 835193) et hébergé par l’Université Paul-Valéry Montpellier 3. Sous la direction de Didier Plassard (Université Paul Valéry – Montpellier 3, France), il a pour premier objectif de rassembler, d’étudier et de rendre accessible au public, sur une plateforme numérique dédiée, le répertoire des pièces écrites pour la marionnette en Europe de l’Ouest, du 17e au 21e siècles.

 

En attendant l’ouverture au public de cette plateforme, prévue en 2022, une présentation du projet et des activités de PuppetPlays peut être consultée ici.